SXSW 2017 : Le futur ? Discuter avec des machines qui capteront nos émotions

A Austin, Texas, on n’a parlé que de ça pendant le festival South by Southwest : comment l’intelligence artificielle va transformer les relations hommes-machines. Josselin Moreau, expert innovation au Lab SQLI nous explique pourquoi.

Le festival SXSW Interactive s’achève à Austin, Texas. Le principal sujet des keynotes et conférences cette année ? L’intelligence artificielle ! Elle est partout. Et sa matérialisation la plus significative, ce sont les assistants et autres chatbots qui s’immiscent peu à peu dans notre vie et qui risquent bien de bouleverser la manière dont nous interagissons avec les machines.

Il est peut-être encore un peu difficile de s’en rendre compte depuis la France où ils ne sont pas encore disponibles, mais les assistants dopés à l’intelligence artificielle vont envahir notre quotidien pour interagir par la voix avec des objets connectés, des contenus et des services. Echo, l’enceinte connectée pionnière d’Amazon, s’est ainsi déjà imposée dans 20% des foyers américains en deux ans d’existence.

Do you speak robot ?

Pour Adam Cheyer, le père de Siri, l’assistant vocal d’Apple, qui intervenait à SXSW dans une table-ronde intitulée “HI + AI : What’s the future of Intelligence ?” nous sommes en train de changer de paradigme technologique. Après l’ère du PC, puis celle du web et du mobile, nous entrons dans un nouveau mode d’interactions Homme / machine. Pour lui, l’évolution des assistants vocaux peut même nous permettre d’atteindre une forme de symbiose entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.

Nous n’en sommes cependant qu’au tout début de cette évolution majeure et le chemin sera long et jonché d’obstacles pour atteindre cette symbiose. Avoir une conversation est un mode relationnel très différent de l’écriture ou de l’utilisation d’une interface visuelle. Avec la conversation, c’est toute la complexité des interactions humaines qui s’impose.

Dans sa keynote “The Future of Conversational UI”, Hector Ouilhet, head of design chez Google Search, explique que la conversation est un medium aussi compliqué que puissant puisqu’il s’agit d’un échange entre des participants qui apprennent l’un et l’autre de cette interaction.

Dans une conversation humain/machine, l’utilisateur apprend de manière intuitive comment interagir, comment formuler ses requêtes et ce qu’il peut en attendre en retour. C’est en effet un médium naturel pour l’humain qui s’y confronte dès les premières années de sa vie. Pour la machine, en revanche, cette forme d’interaction doit être apprise et s’améliorer au fil du temps.

Décrypter les émotions et intentions

Avec l’intelligence artificielle, d’énormes progrès ont été réalisés en matière de reconnaissance du langage naturel, c’est-à-dire la capacité des machines à donner du sens aux phrases prononcées par l’être humain. Pourtant, selon Sophie Kleber, Executive Director de Huge, c’est loin d’être suffisant pour libérer tout le potentiel de la conversation Homme/machine.

Dans sa conférence “Designing emotionally intelligent machines”, elle prédit elle aussi l’avènement de ce mode d’interaction, tout en précisant que cela sera combiné à l’émergence de l’Affective computing. C’est-à-dire que pour créer des relations fortes avec les humains, ces systèmes devront être capables de reconnaître, interpréter, utiliser et simuler les émotions.

Nos assistants devront ainsi être capables d’appréhender tout ce qui n’est pas exprimé directement par les mots (langage corporel, micro-expression, modulations de la voix, etc.) afin de totalement saisir les intentions, conscientes ou non, des utilisateurs. Il existe 3 moyens d’y parvenir : la reconnaissance visuelle (domaine le plus avancé), la reconnaissance vocale et la biométrie (qui reste le plus grand chantier).

C’est également une certitude pour Lauren Golembiewski et Matt Buck de Voxable, illustrée lors de leur conférence “The History and future of speaking with machines” : plus les machines seront capables de comprendre nos émotions, plus elles pourront nous répondre avec certitude et donc se rendre utiles, voire indispensables.

Se comprendre soi-même avant de se faire comprendre

La tâche est donc vaste pour les designers de tous les nouveaux produits et services qu’il reste à inventer autour de la conversation comme mode d’interaction avec les machines. On ne peut en effet designer que ce l’on comprend vraiment. Pour apprendre aux machines à le décoder, l’être humain a encore beaucoup à apprendre de lui-même.

L’intelligence artificielle peut nous aider à avancer dans cette direction parce qu’elle est capable de brasser des quantités colossales d’informations et de révéler des corrélations insoupçonnées. Mais c’est ensuite bel et bien à l’Homme de mener une grande partie de ce travail d’auto-analyse.

C’est d’ailleurs ce que nous rappelle Henri Jeantet, co-fondateur de Unknowns, dans une conférence intitulée “Still human : how ethnography makes sense of data”. Dans un monde ultra-connecté qui génère en permanence des données, les sciences humaines telles que la sociologie, l’ethnographie ou l’anthropologie sont plus que jamais nécessaires pour leur donner du sens.

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