La blockchain en pratique : un carnet d’entretien digital à destination des constructeurs auto - Partie 1 -

Quand vous entendez « blockchain », peut-être vous dîtes-vous « un excellent buzz marketing certes, mais pour la mise en pratique sur le terrain on attend toujours ». Pourtant, les domaines d’application et opportunités que représentent cette technologie pour les entreprises ne manquent pas (référence avec sqli co-auteur : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01591859/document).

Depuis le 1er janvier 2017, SQLI participe sein de l’Institut de Recherche Technologique (IRT) SystemX à la réalisation concrète d’applications basées sur la blockchain et à destination des entreprises, et ce en étroite collaboration avec des partenaires industriels prestigieux (EDF, PSA, COVEA, La Poste, Docapost, H-LOG, Bull-ATOS, IDIT).  Le projet, baptisé BST pour « Blockchain for Smart Transactions », doit durer quatre ans. (sources : page web du projet : http://www.irt-systemx.fr/project/bst/, communiqué de presse : http://www.irt-systemx.fr/v2/wp-content/uploads/2016/12/SystemX-081216-Projet-BST.pdf)

Cet article rend compte de la première preuve de concept (poc) à être arrivée à son terme, le carnet d’entretien décentralisé à destination des constructeurs automobiles.

1)   Quel enjeu appelle la blockchain ?

Sachez-le, la fraude au kilométrage concerne 15% à 20% des ventes de véhicules d’occasion. Principalement en cause, la difficulté de suivre de façon fiable l’historique du kilométrage desdits véhicules au cours de leur vie, difficulté accentuée lorsqu’ils sortent du consortium des constructeurs et changent de propriétaires. Pour cette même raison, peuvent se retrouver sur la route des véhicules qui légalement n’auraient pas le droit de rouler car ayant été ou devant être déclarés comme épave. Le problème pour l’acheteur potentiel d’un véhicule d’occasion est donc celui de la confiance : « je suis intéressé par tel véhicule, mais comment puis-je croire le kilométrage que l’on m’annonce ». Quel enjeu de fait pour le fabriquant, que de pouvoir certifier les relevés kilométriques sur toute la durée de leur vie ! Cela représente de plus un formidable gain d’informations sur le vieillissement de ses différents modèles.

La blockchain se réduit justement en substance à un registre infalsifiable de transactions. Trouver le moyen d’y stocker un historique du kilométrage propre à chaque véhicule, en s’assurant du respect de certaines contraintes élémentaires en matière de confidentialité, c’est résoudre ce problème de la confiance sur le marché d’occasion. La digitalisation du carnet d’entretien sur la blockchain est une solution. Formellement, ce POC (Proof Of Concept) devait répondre à doit répondre à trois problématiques :

– Augmenter la visibilité des constructeurs sur leurs véhicules en traçant les opérations de maintenance en dehors du réseau concessionnaire.

2)   Quelle technologie blockchain pour quels besoins ?

Les carnets d’entretien sont présents dans la blockchain sous forme de smart contracts, un par véhicule. Ces contrats autonomes permettent d’effectuer des tâches telles que stocker et retourner des informations, et leur accès peut être restreint. Y est tenu un historique des interventions et des relevés kilométriques, alimenté par de simples transactions, soit automatiquement – la voitures envoie elle-même l’information à intervalle de temps ou de distance parcourue régulier – soit manuellement – le client inscrit lui-même un kilométrage sur la blockchain, juste avant de poster une annonce de mise en vente par exemple. Enfin, les propriétaires, acheteurs, garagistes et autres acteurs de la blockchain non-membre du consortium accèdent tous à la même blockchain via une interface client fourni par les constructeurs.

3)   Droit d’accès au carnet d’entretien : les contraintes d’un vrai cas d’usage

Une bonne fois pour toutes, un service basé sur une blockchain n’a aucun sens si cette dernière n’est supportée que par une seule entreprise – car alors rien ne vaut une bonne vieille solution centralisée. L’intérêt réside au contraire dans la réunion au sein d’un consortium de partenaires parfois concurrents qui, parce qu’ils alimentent un registre commun, se retrouvent dans une relation gagnant-gagnant. Ici, tous les constructeurs automobiles font face au même enjeu de réduction de la fraude, et plus le consortium sera large, plus la perte de visibilité sur les véhicules sera réduite.

Faire travailler des concurrents ensemble induit une contrainte majeure de confidentialité, qui en substance se résume en ceci :

« En tant que constructeur, je veux qu’un garagiste dépendant de l’un de mes concurrents puisse faire une remontée de kilométrage sur le carnet d’entretien de la voiture d’un de mes clients, et je conçois que ce dernier puisse donner accès en lecture à son carnet d’entretien pour le bon déroulement d’une révision, mais je ne souhaite pas pour autant que, ayant accès à un historique commun de transactions – la blockchain – ce concurrent puisse éplucher les carnets d’entretien de tous mes véhicules. »

Des contraintes similaires existent pour chacun des acteurs, et il est important de les avoir en tête pour réaliser tous les obstacles que l’étude de ce cas d’usage a permis de lever :

  • Pour le propriétaire: « je veux pouvoir inscrire moi-même le kilométrage actuel de ma voiture sur mon carnet d’entretien, et pouvoir publier une offre de vente en ligne avec un tampon numérique ‘certifié-blockchain’. Par ailleurs je suis d’accord pour que l’ancien propriétaire continue à avoir accès à l’historique de ses entretiens, mais ne souhaite pas qu’il puisse avoir accès à tout ce qui est postérieur à la vente. »
  • Pour un acheteur potentiel de véhicule d’occasion: « je souhaite avoir accès au carnet d’entretien d’un véhicule mis en vente, en lecture seule pour une durée limitée, le temps de parcourir le carnet d’entretien et l’historique des réparations ».
  • Pour les constructeurs: « je souhaite avoir accès à tout le carnet, en lecture et en écriture, quel que soit le propriétaire, si ce dernier est d’ Ce sera alors la voiture qui d’elle-même enverra automatiquement son kilométrage dans la blockchain. Par contre, je ne souhaite pas qu’un autre constructeur membre du consortium puisse lire le contenu des carnets d’entretien de mes véhicules, car il pourrait mener des études de vieillissement de mon parc automobile que j’ai intérêt à me réserver. »
  • Pour les garagistes: « je souhaite avoir accès au carnet d’entretien, en lecture et en écriture avec l’accord du propriétaire, pour une durée limitée, le temps de la ré »

La clef choisie – le terme est à propos – pour lever toutes ces contraintes d’un coup est l’utilisation d’une double encryption : les données des transactions sont brouillées avec une clef elle-même cryptée grâce à la clef privée du propriétaire, au sens blockchain du terme. Ainsi, par exemple, un ancien propriétaire pourra accéder aux informations relatives à ce qui le concernait du temps où il possédait la voiture, puisqu’il possède encore la clef de lecture et que les informations stockées dans la blockchain ne sont jamais modifiées, mais pas à l’historique plus récent, car sa clef (privée) ne lui permet pas d’accéder à la clef de déchiffrement des nouvelles données.

 

La suite dans le prochain article…

 

Hugo Levard

Data Scientist, SQLI

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