L’intelligence artificielle, véritable "champ des possibles" pour la France dans une Europe offensive

La quatrième révolution industrielle a commencé. Le digital, l’intelligence artificielle, la robotique… font chacun des progrès disruptifs. Face au choc civilisationnel, prendre l’offensive sans retard, au-delà des préoccupations sécuritaires.

La quatrième révolution industrielle a commencé. Le digital, l’intelligence artificielle, la robotique… font chacun des progrès disruptifs. De plus, une fertilisation croisée en décuple l’impact. Le professeur Craig Venter explique comment les algorithmes ont accéléré de manière décisive la clarification du séquençage du génome. Il s’agit de percer les secrets de la vie !

Le numérique concerne, tous les produits et services : la miniaturisation des composants électroniques permet déjà d’insérer des puces intelligentes dans tous les objets de la vie courante, depuis les dispositifs médicaux jusqu’à l’organisation des villes. Leur capacité de mémorisation et de calcul est utilisée par des algorithmes de plus en plus sophistiqués pour remplacer l’intervention humaine non seulement dans les décisions répétitives, mais aussi dans des situations uniques où l’étude de millions de données permet une décision pertinente.

Cette révolution a commencé à transformer la vie du citoyen et celle de l’entreprise. Elle bouleverse progressivement tous les compartiments de notre société, l’industrie, mais aussi les infrastructures, la médecine, la défense, le droit, l’éducation tout comme les loisirs.

La première vague de mondialisation (années 70 à 2000) a eu pour moteur la chasse aux emplois et pour résultat, une exportation de ceux-ci par millions de l’occident vers l’Asie. La seconde vague a pour moteur la chasse aux technologies. Elle est d’une nature profondément différente et ne peut s’appréhender seulement en termes marchands.

Aujourd’hui, face aux possibilités des nouvelles technologies, les enjeux sont bien plus larges que la prospérité économique. Disposer des progrès de la nouvelle médecine appuyée sur la génomique et l’intelligence artificielle, d’une agriculture plus efficiente et de l’extension de l’éducation ressort d’un enjeu civilisationnel. Dans le domaine de la sécurité, l’avantage ira aux pays ayant les technologies de protection des données sensibles. À cet effet, cela ouvre une nouvelle étape de la mondialisation.

À côté des objectifs de sécurité et de prospérité, l’accès à ce qui se fait de mieux en matière de santé, d’éducation, de valorisation des ressources terrestres et maritimes ne pourra qu’être souhaité par tous alors que les moyens d’en disposer resteront réservés aux pays les plus riches ou les plus adroits dans leurs alliances. En effet, les populations du monde ne bénéficient pas à l’identique de l’impact des technologies sur la santé où sur l’éducation. Demain, ces différences vont se creuser au sein même du monde avancé. Les productions à fort contenu technologique ne seront disponibles que très inégalement selon les pouvoirs d’achat des pays et selon la localisation des infrastructures (laboratoires, centres de R&D, structures universitaires, etc.)

La seconde vague de la mondialisation voit apparaitre des relations différentes. Les deux acteurs majeurs, la Chine et les États-Unis semblent considérer que les enjeux de sécurité inhérents aux nouvelles technologies commandent des stratégies de développement interne ainsi que de protection. La Chine multiplie ses atouts par des programmes ambitieux alimentés par des centaines de milliards de dollars. Dans le même temps, elle a élevé une grande muraille numérique interdisant Google, ou encore Windows 8. Les États-Unis favorisent les technologies de l’Intelligence Artificielle et du digital à travers des investissements dans la recherche, tout en renforçant sa surveillance des ventes d’activités stratégiques. Ces deux mastodontes manifestent le même empressement à attirer les cerveaux étrangers ainsi qu’à acquérir des technologies en Israël, à Taïwan, ou… en France.

Ces stratégies ne peuvent que se renforcer tant l’accélération du développement des nouvelles technologies est puissante, et tant les enjeux deviennent considérables. La France dispose à la fois du substrat scientifique, des technologies et de la capacité industrielle (et de services). Elle est dotée des écosystèmes qui soutiennent, en qualité, la comparaison internationale (centres de recherches/laboratoires privées/fonds d’investissement/mailles des grandes entreprises).

De surcroit, les dirigeants français de nos jours connaissent et pratiquent le jeu international. Les ressources internes seront, bien plus que dans la première phase de la mondialisation, transformées en produits internationaux. Si elle protège ces ressources et évite de nouveaux départs de celles-ci vers l’étranger (après ceux de Pechiney, Alcatel, Alstom énergie…), elle peut se placer sur les innombrables marchés que sont en train d’ouvrir les technologies de l’Intelligence Artificielle et du digital, mais également recréer de l’emploi qualifié. Elle peut mettre à la disposition de la population les avancées considérables de la nouvelle médecine et celles de l’éducation. Sur la base du leadership français qu’il est réaliste d’ambitionner, le duo Allemagne-France est à même de créer la troisième puissance indépendante à côté de la Chine et des États-Unis.

C’est sous un triple éclairage que l’on peut identifier « le champ des possibles » pour la France :
o Les enseignements de la première vague de mondialisation sont autant de rappels à l’ordre pour un diagnostic réaliste face aux risques de visions théoriques.
o La richesse des nouvelles technologies ouvre sur une pluralité de progrès et aussi de basculements sociétaux, qu’il faut savoir anticiper.
La logique des forces en mouvement dessine plus d’un scénario dont les enjeux majeurs invitent à prendre l’offensive sans retard, en particulier pour l’Europe et la France.

Roland Fitoussi, Président de SQLI

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